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Qu'est ce que la "littérature jeunesse" des petits ?

Soit influence de l'hiver, soit coincidence des humeurs, en ce moment tout les enfants accueillis s'installent sur le canapé avec un ou deux (ou dix) livres à portée de main. A la fin de la journée la bibliothèque est sens dessus-dessous, et tout le monde est ravi. 

 

Chacun a ses livres favoris, souvent ceux qui sont lus avec papa et maman, parfois ceux que le copain vient de montrer ou dont il vient de raconter l'histoire bien connue. 

 

Je me fais ici l'avocat du diable en posant la question qui fâche : mais cette littérature enfantine à quoi sert-elle ? pourquoi existe t-il des livres pour enfants ?

 

Après avoir emprunté des ouvrages spécialisés consacrés à la question, voici quelques éléments de réponse.

 

La littérature étant un domaine complexe, il existe plusieurs axes pour répondre à cette question.

Ici j'insisterai uniquement l'aspect psychologique des livres sur les enfants.  

 

D'un point de vue psychologique, les livres font "grandir" les enfants. Et comment donc ? 

Les livres pour enfant sont un support et un soutien pour leur imaginaire. Ils offrent un miroir à leurs préoccupations conscientes ou inconscientes par le biais d'un petit héros auquel ils s'identifient. 

Contrairement aux premiers livres destinés aux enfants (dès le XVIIème siècle), les ouvrages de jeunesse aujourd'hui ne proposent pas des savoirs ou un livre avec une morale finale univoque mais plutôt des livres qui offrent matière à réfléchir, à rêver, à s'émouvoir, à "s'éprouver". 

L'enfant est spectateur "actif", il explore des idées, des sentiments nouveaux, parfois inquiétants. La lecture est un divertissement ludique et une expérience du monde, de ses codes, de ses rapports sociaux, de ses normes. L'enfant en se projettant dans le petit héros, fait des expériences "éprouvantes" (qu'il éprouve et qui l'éprouvent). Il se dessine en creux dans les histoires lues, et se révèle alors à lui-même. Les livres le font grandir car ils le font réfléchir et s'affranchir des premiers obstacles sur la route de son héros (et de la sienne donc).

Plus la fin du livre est "ouverte", laisse planer le doute quant à la morale finale, invite à la réflexion, et plus le livre est éprouvant et fait grandir les enfants. Pour donner un exemple concret, dans le livre "les 3 petites cochonnes" (Frédéric Stehr, école des loisirs) parodie des 3 petits cochons, le loup finalement capturé par la cochonne la plus maligne est ficelé dans une botte de paille. Que va t-il donc  arriver à ce loup se demande t-on avec inquiétude ? (va t-il être livré "à la police" ?, être brûlé comme une sorcière, dévoré par la cochonne ?) La fin laisse songeur, et c'est là tout l'interêt. La réponse vient finalement sur la couverture extérieure où l'on voit le loup derrière les barreaux. Mais qu'à donc imaginé le jeune lecteur dans cette situation ?   

 

La lecture d'histoires en écho avec les illustrations de plus en plus parlantes, contribuent à augmenter la résonnance d'un ouvrage. Comme deux miroirs mis l'un face à l'autre, le texte et l'image se renvoient l'un l'autre une image à la fois fidèle mais un peu déformée, une déformation qui donne souvent le sens d'un ouvrage. Dans le livre "les 4 saisons du Loup", c'est la dernière illustration qui explique la totalité du texte et révèle l'issue de l'histoire (le loup aime les 4 saisons car elles lui permettent de remplir son garde manger pour l'année...un loup reste un loup). 

 

Aujourd'hui et plus que jamais les livres parlent aux enfants, les font réfléchir, grandir, s'épanouir sans oublier les vertus annexes qu'est la familiarité avec l'écrit dans l'apprentissage de la lecture/écriture, et mémorisation. 

 

En somme, le livre c'est du bonheur, de la peur, du divertissement, de l'apprentissage, de la mémorisation, de l'oubli aussi (car on oublie les livres lus), la construction d'une culture générale, d'une culture commune, d'une histoire commune, d'histoires personnelles car la même histoire n'est jamais perçue de la même manière par des personnes différentes, enfin d'histoires in-finies...histoire de laisser sa propre trace de l'histoire, même si elle n'est pas écrite...

 

 

source : Les livres qui font grandir les enfants, Joelle Turin, coll passeurs d’histoires, Didier Jeunesse 2008

 

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