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L'histoire de la littérature jeunesse, petit topo en quelques lignes

L'hiver aidant (peut-être), nous lisons davantage de livres avec les enfants.

Si certains plaisent aux enfants et me laissent "de marbre" (notamment les séries de type "Tchoupi"), d'autres m'enthousiament et laissent les enfants relativement indifférents.

La littérature jeunesse est effectivement une littérature spécifique qui mérite qu'on s'y attarde. 

 

Depuis quelques semaines, je m'interroge sur l'histoire de cette littérature. Après un passage par la médiathèque de mon quartier et l'emprunt de quelques ouvrages consacrés à cette littérature voilà ce que j'en retiens (en quelques lignes). 

 

 

Les premiers ouvrages pour enfant datent du XVIIème siècle. Ils avaient pour but d'instruire, d'inculquer la morale et la religion. Ces ouvrages étaient destinés aux enfants ayant l'âge de raison (c'est à dire 7 ans). Les enfants sont à cette époque encore considérés comme des "adultes miniatures" et passent du statut d'enfant à celui d'adulte "du jour au lendemain", l'idée d'apprentissage est peu répandue. Le livre est réservé aux classes privilégiées, et les enfants partagent les lectures des adultes. 

 

Au XIX ème siècle la modernisation des techniques d'édition (la presse cylindrique au rouleau remplace progressivement la presse à bras), permet l'émergence d'une littérature plus abondante, une émergence littéraire dont la littérature pour enfants profite également. Les lois successives (loi Guizot et loi Falloux) obligeant la scolarisation des enfants jusqu'à 12 ans, avec apprentissage de la lecture et de l'écriture, accentue l'accroissement des livres destinés à ces derniers. Les écoles offrent même des ouvrages aux élèves les plus méritants, récompense suprême  aux yeux des enfants pour qui le livre est un  trésor. 

 

Avec ces lois, un marché considérable s'ouvre pour les éditeurs qui proposent leurs ouvrages pour enfants en prébublication dans les revues. Les illustrations se multiplient également face aux textes, grâce aux progrès de l'édition. Cette forme double du récit, l'un par l'histoire écrite, l'autre par l'image, devient "un album", la forme consacrée et la plus courant encore aujourd'hui.

 

Après la guerre 14-18, l'image prend une place prépondérante, et la bande dessinée se profile. L'idée d'un apprentissage adapté à l'âge de l'enfant émerge, et des collections adaptées apparaissent (les albums du père Castor", un animal batisseur, constructeur par instinct comme les enfants). Un processus pour la littérature jeunesse s'engage.   

 

Après les années 50, les écoles maternelles se multiplient avec autant d'apprentis lecteurs. 

 

Après mai 68, la littérature jeunesse est débattue, l'interdiction de montrer aux enfants sous un jour positif, un crime ou un délit est remise en question.

Dans les années suivantes, des livres moins conventionnels seront proposés aux enfants, sans morale évidente ou réponses toutes faites. L'enfant apprend à se poser des questions que les livres qu'il lit. Des ouvrages traitant de sujets tabous ou sensibles émergent (la mort, l'autorité parentale...)

La littérature jeunesse devient un enjeu pour les éditeurs mais aussi pour les instituteurs et les parents, qui décernent chacun leur prix littéraire. Les salons se multiplient également.

 

 

Le livre n'a dorénavant plus la charge exclusive du savoir mais devient un objet de loisir. Les livres jeunesse qui entrent dans les écoles, et notamment dans les maternelles visent à susciter l'étonnement, la découverte, l'implication des jeunes lecteurs. La littérature à lecture plurielle apparait. Chaque enfant lit à son niveau, à partir de lui-même et ne lit pas le même livre que son camarade de classe. La question de la réception auparavant univoque se pose à nouveau. 

 

La littérature de jeunesse ne cesse de s'affirmer, de s'imposer dans les écoles mais aussi dans les librairies. Le succès des aventures de Harry Potter en est un exemple phare. Ce récit d'aventure jeunesse, lu par tous, à tous âge, ne correspond pas au format des albums jeunesse. Ces livres, romans d'aventures fantastiques sont des "pavés", et proposent en outre une "série de pavés".

 

La littérature jeunesse a acquis sa légitimité, par le succès, les festivals mais aussi par son entrée à l'université en tant qu'objet d'étude. L'écart entre littérature jeunesse et la littérature générale se réduit de plus en plus, et inspire les secteurs du cinéma, du théâtre et même des jeux vidéos. 

 

La littérature jeunesse a aujourd'hui conquis ses lettres de noblesse et représente une littérature à part entière. 

 

 

Source : Des livres d'enfants à la littérature jeunesse, Christian Polsaniec, coll "découvertes Gallimard"